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Interview Régis Juanico

Interview de Régis Juanico

Le 2 avril dernier, Régis Juanico a été élu président de Saint-Étienne Métropole. Il vous dévoile aujourd’hui sa vision et ses priorités pour la Métropole stéphanoise.

Interview

« Construire un territoire cohérent, solidaire et durable »

Vous avez été élu président de Saint-Étienne Métropole à une large majorité et avez souhaité constituer un exécutif pluraliste. Pourquoi ce choix ?
Je vis cette élection comme un moment politique décisif pour notre territoire, dans un contexte à la fois local, national et international particulièrement tendu. C’est précisément pour cela que j’ai fait le choix d’un exécutif pluraliste : un choix assumé du dialogue, de la coopération et de l’action concertée. Je suis convaincu que nous devons privilégier l’intelligence collective plutôt que l’opposition stérile, en rassemblant des sensibilités différentes autour d’une même ambition.

Ma seule boussole, c’est l’intérêt général, au service des 400 000 habitants de notre territoire et de l’avenir de Saint-Étienne Métropole.

Une Métropole forte, des communes fortes

Vous affirmez que « la Métropole ne peut être forte que si les communes le sont ». Comment cela va-t-il se traduire dans les faits ?
Je suis convaincu que la commune doit rester le socle de notre organisation territoriale. La Métropole ne doit pas être perçue comme une machine lointaine, déconnectée des réalités du quotidien. C’est pourquoi j’affirme un principe simple : une Métropole forte repose sur des communes fortes. Concrètement, cela va se traduire par une gouvernance profondément renouvelée, fondée sur davantage d’écoute, de proximité avec l’objectif de mieux associer les maires et les élus nlocaux aux décisions qui concernent les populations de leurs territoires.

Une nouvelle gouvernance pour la Métropole

Qu’allez-vous changer dans la gouvernance ?
Nous allons faire évoluer en profondeur la gouvernance de la Métropole pour la rendre plus partagée, plus lisible et plus efficace. Cela passera par des conférences des maires régulières, des conférences territoriales et un bureau métropolitain élargi, afin d’associer davantage les élus aux décisions.
Je tiens aussi à rappeler que la Métropole n’a pas vocation à se substituer systématiquement aux communes : l’action locale est souvent plus rapide et plus efficace, et elle doit être pleinement reconnue.

Cette nouvelle gouvernance reposera sur trois piliers clairs : l’équité entre tous les territoires, la légitimité de décisions comprises et assumées, et une véritable complémentarité entre les communes et la Métropole.

Un maire, une voix

Justement, quel rôle entendez-vous donner aux maires durant votre mandat ?
Nous donnerons aux maires toute la place qui leur revient dans le fonctionnement de la Métropole.
Ma ligne est claire : un maire = une voix, avec une égalité pleinement affirmée entre toutes les communes, quelles que soient leur taille ou leur poids politique. Les maires auront un rôle central, à la fois dans la conception, le pilotage et l’évaluation des politiques publiques.

Concrètement, aucune décision ou action métropolitaine ne sera engagée sur le territoire d’une commune sans l’accord de son maire, et chaque maire sera consulté sur tout
projet d’envergure. C’est une condition essentielle pour garantir des décisions justes, efficaces et pleinement partagées.

« Donner plus de leviers aux communes pour aller plus vite, plus efficacement »

Mieux accompagner les communes

Vous annoncez plus de soutien technique et financier aux communes. Cela changera-t-il concrètement leur capacité à réaliser des projets ?
Que tous les maires aient les moyens concrets d’agir, c’est ma volonté. Cela passera par la mise en place de nouveaux fonds de concours, pour accompagner davantage les projets d’investissement portés par les communes, mais aussi par une volonté claire de leur permettre de conduire leurs propres investissements, au plus près des besoins des habitants.
Oui, cela changera concrètement leur capacité à agir. J’ai également pris un engagement fort : augmenter les enveloppes financières consacrées à la voirie dès 2027. L’objectif est simple : donner plus de leviers aux communes pour aller plus vite, plus efficacement, au service du quotidien et de tous nos administrés.

Des conférences territoriales

Vous souhaitez organiser l’action métropolitaine par bassins de vie. Pourquoi ce choix, et qu’est-ce que cela va changer pour les habitants ?
En effet, je souhaite organiser l’action métropolitaine par bassins de vie parce que les mobilités, l’emploi ou encore l’accès aux services se vivent réellement à cette échelle.
Avec la mise en place de conférences territoriales au plus près du terrain, nous pourrons mieux prendre en compte les réalités locales, qu’il s’agisse de l’Ondaine, du Gier, de la Plaine du Forez ou de Saint-Étienne et sa couronne, qui constituent des bassins de vie cohérents. Cela permettra d’ancrer davantage les décisions dans le vécu quotidien des habitants, pour des politiques publiques plus concrètes, plus adaptées et plus efficaces.

Interview Régis Juanico

Une direction dédiée à la proximité et aux relations avec les communes

Au-delà du politique, vous voulez faire évoluer le fonctionnement de l’administration métropolitaine. Quel est l’objectif ?
Le fonctionnement de l’administration métropolitaine doit faire sa mue et évoluer en rompant avec une logique trop technocratique, parfois éloignée du terrain. Mon but est le suivant : remettre les services au service des décisions politiques, et non l’inverse.
Pour cela, nous allons créer une direction dédiée à la proximité et aux relations avec les communes, et nous avons élu lors du conseil métropolitain d’installation un vice-président spécifiquement chargé de ce lien essentiel. L’enjeu, c’est de gagner en lisibilité, en efficacité et d’assumer pleinement une responsabilité politique claire dans les décisions que nous prenons.

Quels doivent être la position et le rôle de Saint-Étienne, la ville-centre, qui concentre 43 % de la population, au sein de la Métropole ?
J’ai la conviction qu’une ville-centre forte est une chance pour l’ensemble de la Métropole. Saint-Étienne a un rôle résolument structurant, et lorsque la ville-centre se porte bien, c’est tout le territoire qui en bénéficie.
C’est avéré, la ville-centre joue un rôle déterminant dans le dynamisme d’une agglomération. Elle concentre souvent les fonctions stratégiques — économiques, commerciales, universitaires, culturelles — qui irriguent l’ensemble du territoire.
Lorsqu’elle est attractive, accessible et vivante, elle agit comme un véritable moteur : elle attire des habitants, des entreprises, des visiteurs, et génère des retombées positives pour les communes environnantes.
À l’inverse, si la ville-centre s’affaiblit, c’est tout l’équilibre territorial qui peut être fragilisé : baisse de l’attractivité globale, ralentissement économique, perte d’image. Son développement, notamment dans son centre-ville, ses mobilités ou ses services, ne bénéficient pas seulement à ses habitants, mais à toute l’agglomération.
L’enjeu est donc de trouver un équilibre : faire de la ville-centre un levier puissant de développement, tout en veillant à une complémentarité avec les autres communes, pour construire un territoire cohérent, solidaire et durable.

« La gratuité des transports en commun le samedi répond à plusieurs objectifs stratégiques »

C’est dans ce cadre que vous annoncez la gratuité des transports en commun le samedi à partir de septembre. Quel objectif poursuivez-vous avec cette mesure ?
À l’échelle de Saint-Étienne Métropole, je suis persuadé que cette mesure représente une réelle plus-value pour l’ensemble du territoire.
Tangiblement, cette gratuité des transports en commun le samedi répond à plusieurs objectifs stratégiques.
D’abord, c’est un levier puissant de redynamisation commerciale, en particulier pour le centre-ville de la ville-centre, mais aussi pour les centralités des autres communes.
En facilitant l’accès sans contrainte de coût, on encourage les habitants à se déplacer, consommer localement et fréquenter les marchés, commerces et lieux de vie.
C’est aussi une mesure en faveur du pouvoir d’achat, dans un contexte économique contraint. Elle permet aux familles de se déplacer plus librement le week-end, sans arbitrage financier, notamment pour les loisirs, les achats ou les activités culturelles.
La gratuité du samedi constitue également un outil concret pour changer les habitudes de mobilité. Elle incite à délaisser la voiture individuelle au profit des transports en commun, réduisant ainsi la congestion, les difficultés de stationnement et l’empreinte environnementale.
À l’échelle des 53 communes, cette mesure renforce la cohésion territoriale : elle facilite les déplacements entre les communes, rapproche les habitants et contribue à une meilleure accessibilité des services et équipements pour tous.
Enfin, c’est une mesure lisible, simple et immédiatement perceptible, qui renforce l’attractivité de l’agglomération et envoie un signal politique fort : celui d’un territoire qui agit concrètement pour améliorer le quotidien de ses habitants.

Mieux connaître Régis Juanico en deux mots

  • Votre lien au territoire ?
    Mes deux garçons Léo et Raphaël qui sont nés au CHU de Saint-Étienne.
  • La naissance de votre vocation politique ?
    À la fin des années 80 au moment où Michel Rocard est Premier ministre.
  • À quelles valeurs êtes-vous le plus attaché ?
    Justice sociale et solidarité.
  • Un centre d’intérêt en dehors de la politique ?
    Le sport (toutes disciplines).
  • Avez-vous un livre de chevet ?
    Maires à quoi bon ? de David Guéranger.
  • Votre livre préféré ?
    L’étranger d’Albert Camus.
    Du moment ?
    Verts 76 : les joueurs racontent leur légende de Denis Chaumier.
    À conseiller ?
    Du bon usage des Arbres de Francis Hallé.
  •  Avez-vous une musique de prédilection ?
    U2, Sting.
    Des auteurs compositeurs interprètes ?
    Benjamin Biolay, Clara Luciani.
    Et des « locaux » ?
    Bernard Lavilliers, Terrenoire, Dub Inc.
  • Un film qui vous a marqué ?
    Midnight Express d’Alan Parker, 1978.
  • Un lieu « ressource » ?
    Le stade d’athlétisme Henri-Lux à l’Étivallière (Saint-Étienne).
  • Une routine ?
    Écouter Radio France (France Inter, Ici Bleu) le matin et lire la presse écrite.
  • Une passion ?
    Le golf.
  • Un péché mignon ?
    Le ris de veau aux morilles.